Bea Norman - plasticienne

Exégèse

DES RACINES ET DES POMMES

Les arbres de Vie de Béa Norman

Il est des œuvres qui vous interpellent au plus intime de vous-même, sans y prendre garde, comme par infusion, dans la métaphore des couleurs et des voix qui s’échappent de la toile…

Béa Norman nous propose un chemin intérieur en complicité avec le monde dans une exubérance de couleurs, une jungle de femmes dans la majesté des origines du monde, dans la forme comme dans le fond de son projet.

Car sa peinture dévoile et dissimule dans un chassé-croisé de signes et de formes sans équivoque un langage de liberté où la sensualité irrigue l’arbre de Vie.

Les lettres foisonnantes de ses premiers tableaux tissent en filigrane des prénoms, dessinant la trame des générations, des rencontres et des étapes qui construisent une vie.

          

La toile s’offre alors comme le palimpseste des archéologies de nos origines.

Puis très vite, les lettres vont prendre au sens propre et figuré leur envol dans l’univers de liberté inscrit au cœur de l’oeuvre de Béa Norman…dans lequel les lettres figuratives s’émancipent dans l’énergie du verbe sans objet, avant sa domestication.

Les mots sont peinture, le verbe s’est fait matière, la page des possibles est ouverte.

Ainsi les lettres sont offertes à celui ou celle qui saura les déchiffrer dans un éclat de rire qui déchire les conventions.

Les personnages de Béa Norman sont au monde avec un corps qui s’habille de lettres, avec un corps qui ne peut échapper aux maux qu’avec des mots mais pas n’importe quels mots…pas ces mots figés dans les usages qui enferment, condamnent ou tuent celui qui les subit, mais des mots vivants, colorés, désordonnés, capricieux, parfois « chauds » ou « froids » et qui collent à la peau.

La peau du corps épanoui de ces femmes saisies dans la pleine liberté de leur nature est aussi un combat…leur nudité souriante est comme le bonnet phrygien sans concession de l’émancipation face à l’obscurantisme…

Béa Norman le proclame : la femme dans sa nudité est la part non négociable de la Liberté…

La pomme, l’arbre de la connaissance, la femme au cœur du verbe, tout dans la toile évoque un éden des verts paradis des amours enfantines, le plaisir joyeux et léger d’être au monde, sans péché ni prêcheurs…

Au second regard on s’étonne de l’immanence de ces lettres qui deviennent le matériau même de sa peinture.

Et la synthèse se réalise dans les arbres source de Vie qui concentrent l’énergie des lettres et des couleurs dans une apothéose de vitalité joyeuse, entourés de ces vestales gardiennes de nos Libertés.

Béa Norman, une esthétique de l’engagement.